Vol. 6 No. 3 (2026)
Examens d’une technologie de la santé

La téléoptométrie dans les examens de la vue

image décorative de la couverture du numéro

Publication : March 16, 2026

Messages clés

Quelle est la situation?

  • La téléoptométrie permet d’offrir des services de santé oculovisuelle aux personnes vivant dans des régions en pénurie d’optométristes et d’ophtalmologistes. Il existe toutefois un besoin d’évaluer les bienfaits et les effets néfastes possibles de la téléoptométrie afin de garantir des soins de santé oculovisuelle de haute qualité à l’ensemble de la population où qu’elle réside.
  • L’exactitude et l’utilité relatives de la téléoptométrie comparativement aux examens en personne ne sont pas clairement établies. Le présent examen répond à une demande formulée par une personne responsable des politiques qui en avait souligné la nécessité.

Qu’avons-nous fait?

  • Afin d’éclairer les décisions relatives au recours à la téléoptométrie pour effectuer des examens visuels complets, pour dépister et diagnostiquer des maladies oculaires, ainsi que pour en assurer le suivi, nous avons procédé à un examen rapide qui recense et résume les données probantes sur l’efficacité clinique, l’exactitude diagnostique et l’utilité clinique de la téléoptométrie comparativement aux examens en personne. Nous avons également cherché à repérer les lignes directrices fondées sur des données probantes concernant le recours à la téléoptométrie.
  • Nous avons interrogé des ressources clés, dont des bases de données de références de revues, et avons effectué une recherche ciblée sur Internet pour trouver des données probantes pertinentes publiées depuis 2020.
  • Le présent rapport a pour objectif de résumer et d’évaluer d’un œil critique les données disponibles sur le sujet, mais il ne fournit pas de recommandation officielle sur la téléoptométrie. Il a fait l’objet d’un examen externe par une clinicienne experte.

Qu’avons-nous trouvé?

  • Plusieurs limites influant sur l’interprétation des résultats et sur la généralisabilité des données probantes ont été détectées dans des études d’intérêt. Les examens de téléoptométrie variaient considérablement dans leur mode de déroulement (p. ex. synchrone ou asynchrone), les types et la quantité des tests les constituant, ainsi que les prestataires en personne. Certaines études n’ont englobé qu’un petit nombre de tests pour la téléoptométrie et l’examen en personne, ce qui pourrait ne pas refléter les pratiques cliniques actuelles. Globalement, les personnes participantes étaient relativement jeunes, et la plupart des études ne prenaient pas en compte la gravité des atteintes diagnostiquées, ce qui limite les conclusions relatives aux personnes âgées et aux différents stades cliniques.
  • Chez les adultes ne présentant aucun trouble oculovisuel connu, la téléoptométrie pourrait détecter et corriger une baisse de la vision attribuable à une erreur de réfraction non corrigée de façon semblable à un examen en personne. Toutefois, certaines anomalies oculaires pourraient lui échapper. La téléoptométrie inspirerait moins confiance aux spécialistes de la santé oculovisuelle et procurerait moins de satisfaction chez les patients et patientes, selon les résultats d’une étude transversale.
  • La téléoptométrie montre une spécificité élevée dans le dépistage des maladies et affections oculaires dans la plupart des études (neuf études sur la précision des tests). En d’autres termes, il s’agit généralement d’une bonne option pour catégoriser correctement les personnes exemptes de certaines maladies ou affections oculaires.
  • La sensibilité de la téléoptométrie dans la détection des maladies et affections oculaires était variable au sein même des neuf études considérées et entre elles. Elle affichait une bonne sensibilité ou une sensibilité élevée pour certaines maladies (p. ex. les cataractes, l’œdème maculaire significatif sur le plan clinique, le nystagmus et les anomalies de la cornée, de la chambre antérieure, de l’iris ou du cristallin), parvenant à détecter correctement ces atteintes chez 85 à 93 % des personnes environ. Toutefois, sa sensibilité était très faible ou modérée pour d’autres atteintes (p. ex. rétinopathie diabétique, glaucome, dégénérescence maculaire liée à l’âge), ce qui signifie qu’elle peut échouer à les détecter.
  • Selon les résultats d’une étude transversale, la téléoptométrie pourrait éclairer aussi bien que les examens en personne le plan de prise en charge individuel chez l’enfant qui présente certaines caractéristiques ou atteintes oculaires. Nous n’avons trouvé aucune donnée probante portant sur l’utilité clinique de la téléoptométrie dans le dépistage, le diagnostic et le suivi des maladies oculaires chez l’adulte.
  • À propos des personnes atteintes de rétinopathie diabétique, une ligne directrice recommande d’envisager que les programmes de téléoptométrie puissent utiliser l’imagerie rétinienne (stéréoscopique ou non stéréoscopique), refaire des examens d’imagerie ou orienter des personnes ayant obtenu des images de piètre qualité, et accèdent aux antécédents cliniques pertinents pour alimenter l’interprétation des clichés et la rédaction du rapport d’imagerie.
  • Selon une ligne directrice relative au glaucome primitif à angle ouvert, la téléoptométrie peut améliorer l’accès aux soins, mais elle ne doit pas être utilisée seule ou pour évaluer ou prendre en charge la maladie à un stade modéré ou avancé.
  • Nous n’avons trouvé aucune étude comparant la téléoptométrie aux examens complets en personne chez l’enfant ni aucune ligne directrice sur le recours à la téléoptométrie comme examen complet courant chez l’adulte ou l’enfant.

Qu’est-ce que ça signifie?

  • La téléoptométrie pourrait être une solution de rechange convenable à un examen en personne pour évaluer, chez certains adultes, une baisse de la vision attribuable à une erreur de réfraction non corrigée et pour détecter certaines maladies oculaires. Les données probantes se limitaient cependant à une étude portant sur un petit nombre de personnes participantes, et on ne peut dire clairement si la téléoptométrie serait un substitut convenable à un examen complet de la vue.
  • L’exactitude de la téléoptométrie pour dépister et diagnostiquer les maladies oculaires varie selon les atteintes et pourrait dépendre des tests diagnostiques effectués ainsi que de la formation de la personne recueillant les données. Généralement, la téléoptométrie parvient bien à déterminer l’absence de maladie oculaire, mais certaines affections chez des personnes qui en sont effectivement atteintes pourraient lui échapper. Les études présentent plusieurs limites qui restreignent la fiabilité de ces résultats, ce qui indique que la téléoptométrie pourrait ne pas remplacer complètement les soins oculaires en personne dans toutes les situations cliniques.
  • Les décisionnaires peuvent prendre en compte les limites technologiques, l’adéquation de la modalité avec la situation clinique, le type et le protocole de l’examen de téléoptométrie, ainsi que les préférences et les besoins individuels des personnes examinées pour éclairer leurs décisions quant au recours à la téléoptométrie.
  • Il pourrait aussi être souhaitable de se demander si le déploiement de la téléoptométrie influerait sur l’accès aux soins oculovisuels, en particulier dans les régions où les populations pourraient autrement être mal desservies. Dans de tels cas, la téléoptométrie pourrait permettre d’augmenter l’accès aux soins oculovisuels ou de potentialiser les soins en personne.