Examens d’une technologie de la santé
La cryoneurolyse en contexte d’arthroplastie totale du genou
Messages clés
Quelle est la situation?
- Au Canada, la chirurgie de remplacement du genou (arthroplastie du genou) est une intervention courante qui sert principalement à traiter l’arthrose du genou, une affection qui provoque des douleurs et des gonflements et entraine une mobilité réduite. Bien que l’arthroplastie totale du genou (ATG) soit efficace, bon nombre de personnes qui subissent cette intervention ressentent des douleurs postopératoires importantes. Une prise en charge efficace de la douleur est importante pour aider la personne opérée à bouger et à quitter l’hôpital le plus rapidement possible, améliorant ainsi les résultats relatifs à sa santé. Les pratiques exemplaires actuelles mettent l’accent sur des stratégies multimodales de prise en charge de la douleur tout en limitant l’utilisation d’opioïdes.
- La cryoneurolyse utilise le froid extrême (environ -70 °C) pour endommager et perturber temporairement la fonction nerveuse ciblée afin de réduire la douleur pendant des semaines ou des mois. Elle présente un intérêt pour la prise en charge de la douleur après une ATG, mais son efficacité clinique et son rapport cout/efficacité par rapport à d’autres stratégies de prise en charge de la douleur sont incertains. Cet examen rapide a été demandé par les responsables des politiques.
Qu’avons-nous fait?
- Afin d’éclairer les décisions concernant l’utilisation de la cryoneurolyse dans la prise en charge de la douleur après une ATG, nous avons mené un examen rapide afin de résumer les données probantes comparant l’efficacité clinique et le rapport cout/efficacité de la cryoneurolyse à celles d’autres interventions de prise en charge de la douleur n’ayant pas recours à la cryoneurolyse chez les personnes subissant une arthroplastie totale du genou.
- Nous avons interrogé des ressources clés, dont des bases de données de références de revues, et avons effectué une recherche ciblée sur Internet pour trouver des données probantes pertinentes publiées depuis 2020.
Qu’avons-nous trouvé?
- Nous avons recensé 3 revues systématiques et 1 rapport complémentaire d’une étude de cohorte. Aucun rapport cout/efficacité n’a été relevé. Nous n’avons trouvé aucune étude portant sur le rapport cout/efficacité.
- Toutes les études ont été menées aux États-Unis et portaient principalement sur des personnes âgées (âge moyen de 65 ans ou plus) subissant une arthroplastie primaire unilatérale du genou. La taille des groupes variait de 16 à 356 personnes, avec un suivi allant de 3 semaines à 12 mois. Deux dispositifs de cryoneurolyse ont été comparés à une cryoneurolyse simulée ou à des soins standards, mais les nerfs ciblés, le moment de l’intervention, les protocoles de traitement et les normes de soins variaient d’une étude à l’autre.
- Dans l’ensemble, les études indiquent que la cryoneurolyse peut réduire légèrement la douleur postopératoire précoce (jusqu’à deux semaines après une ATG), la consommation d’opioïdes et la durée du séjour à l’hôpital. Cependant, toutes les différences statistiquement significatives ne sont pas suffisamment importantes pour être considérées comme étant cliniquement significatives, et les résultats sont incohérents à la plupart des moments. Aucun lien cohérent n’est observé entre la cryoneurolyse et la fonction physique ou les troubles du sommeil. Les évènements indésirables graves sont rares, et des études à plus grande échelle sont nécessaires pour mieux comprendre les risques. Les données probantes présentent certaines limites, notamment un risque de biais, des résultats incohérents et une pertinence incertaine dans le contexte canadien.
Qu’est-ce que ça signifie?
- La cryoneurolyse peut être associée à des bénéfices modestes sur le plan de la douleur postopératoire précoce, de l’utilisation d’opioïdes et de la durée d’hospitalisation, sans augmentation claire des évènements indésirables graves par rapport aux interventions témoins dans les études retenues. Les limites des données probantes réduisent la fiabilité de ces résultats, et des recherches supplémentaires sont nécessaires.
- Les décisionnaires pourraient tenir compte des différences entre les populations participantes, les interventions chirurgicales, les soins usuels et les questions potentielles d’équité et de mise en œuvre lorsqu’ils déterminent dans quelle mesure ces données probantes s’appliquent à leur contexte.