Vol. 5 No. 5 (2025)
Examens d’une technologie de la santé

Prothèses phonatoires et échangeurs de chaleur et d’humidité chez l’adulte ayant subi une laryngectomie totale : mise à jour de l’examen rapide

image décorative de la couverture

Publication : May 15, 2025

Messages clés

Quelle est la situation?

  • La laryngectomie totale est une intervention chirurgicale qui consiste à retirer le larynx, au cours de laquelle la trachée est déviée vers une ouverture dans le cou appelée stomie. Ce changement dans le mode de respiration est permanent et influe considérablement sur la capacité à avaler, respirer et parler, ce qui affecte grandement la qualité de vie globale.
  • Les interventions postérieures à une laryngectomie comprennent la rééducation olfactive, vocale et de la déglutition, ainsi que la prise en charge des aspects psychosociaux du rétablissement de la personne traitée. La rééducation vocale est un aspect important des soins postérieurs à une laryngectomie visant à rétablir la communication vocale. Une voix oroœsophagienne, un larynx artificiel (électrolarynx) et une voix trachéoœsophagienne combinée à une prothèse phonatoire sont des options pour rétablir la communication vocale chez l’adulte après une laryngectomie totale.
  • Au Canada, la population subissant une laryngectomie totale est relativement faible. Selon certaines sources, il existerait des soins cliniques bien établis dans la rééducation vocale après une laryngectomie, mais les données probantes actuelles sont limitées. Une demande d’examen des données probantes visant à éclairer les décisions stratégiques relatives aux prothèses phonatoires (à port prolongé ou à changement autonome) et aux échangeurs de chaleur et d’humidité (ECH) chez les adultes ayant subi une laryngectomie totale a été soumise à l’Agence des médicaments du Canada.

Qu’avons-nous fait?

  • Il s’agit d’une mise à jour d’un rapport d’examen rapide publié en octobre 2024, qui comprend une revue systématique supplémentaire et qui étend la méthodologie des examens rapides de manière à inclure la contribution de spécialistes cliniques et l’expérience vécue de patients et patientes à la suite d’une laryngectomie.
  • L’objectif était de recenser et de résumer les données probantes et les recommandations issues des revues systématiques, des évaluations économiques de la santé et des lignes directrices fondées sur des données probantes, et d’effectuer une évaluation contextuelle de l’expérience clinique et de l’expérience des patients et patientes. Les questions de recherche clinique ont été élaborées en collaboration avec le demandeur du projet.
  • Nous avons interrogé des bases de données de revues et consulté la littérature grise afin de recenser les données probantes pertinentes publiées depuis janvier 2019. Pour cet examen, nous avons tenu compte d’une période de recherche de cinq ans, étant donné que les revues systématiques répertoriées avaient effectué des recherches sur des périodes antérieures. Des entretiens ont été menés auprès de trois patients afin de connaitre leur expérience de l’utilisation de ces dispositifs. Un orthophoniste ayant travaillé auprès de patients et patientes ayant subi une laryngectomie a participé à la révision de ce rapport en tant que spécialiste clinique.

Qu’avons-nous trouvé?

  • Au Canada, l’utilisation de prothèses phonatoires et d’ECH chez les adultes ayant subi une laryngectomie totale est considérée par les médecins en pratique clinique comme une pratique courante. Les patients et patientes de même que l’orthophoniste qui a examiné ce rapport soulignent l’importance de ces dispositifs dans la restauration de la voix, la réadaptation pulmonaire, la prévention des infections et la qualité de vie après la chirurgie.
  • Neuf publications admissibles ont été recensées, dont cinq revues systématiques, trois évaluations économiques et un ensemble de lignes directrices fondées sur des données probantes. En raison de diverses limitations méthodologiques, la confiance dans les données probantes a été jugée très faible.
  • Trois patients ont affirmé que l’utilisation de prothèses phonatoires et d’ECH et d’humidité après une laryngectomie totale était essentielle à leur capacité de communication, au maintien de leur indépendance et à la prévention des infections pulmonaires. Malgré les difficultés liées à l’entretien des dispositifs et les couts supplémentaires des fournitures nécessaires à leur utilisation, les avantages de ces dispositifs ont été jugés supérieurs à ces inconvénients.
  • Deux revues systématiques ont comparé la voix trachéoœsophagienne avec prothèse phonatoire à la voix oroœsophagienne. Une revue systématique indique que la voix trachéoœsophagienne avec prothèse phonatoire peut avoir une incidence plus positive sur les mesures de la qualité de vie, mais une autre revue systématique n’a relevé aucune différence statistiquement significative dans le score de l’indice du handicap de la voix et de la qualité de vie liée à la voix. L’orthophoniste qui a examiné ce rapport a souligné la difficulté associée à l’apprentissage de la voix oroœsophagienne par rapport aux prothèses phonatoires. L’un de nos patients partenaires a abondé dans ce sens, indiquant qu’il n’avait pas rencontré d’autres personnes au sein de sa communauté qui utilisait exclusivement la voix oroœsophagienne.
  • Une revue systématique avec métaanalyse en réseau compare 10 prothèses phonatoires (8 à port prolongé, 2 à changement autonome). La revue ne compare pas expressément les prothèses à port prolongé aux prothèses à changement autonome. Des lacunes critiques sur le plan de la méthodologie ont été relevées pour cette revue systématique La plupart des comparaisons entre les différentes prothèses ne révèlent aucune différence statistiquement significative en ce qui concerne le remplacement des dispositifs, leur durée de vie, la résistance à l’air, les fuites, le débit de parole, le temps maximum de phonation, les préférences des personnes traitées, l’effort phonatoire, la fréquence fondamentale, la force de la voix, l’intelligibilité de la parole, le déplacement, les problèmes de fistules, la granulation, les problèmes de taille de la prothèse, la détérioration de la prothèse et le taux de survie. De nombreuses estimations de l’effet étaient imprécises en raison d’intervalles de confiance larges; il est donc possible que l’un ou l’autre des dispositifs comparés ait été favorisé.
  • Une revue systématique indique que le recours à un ECH améliore considérablement plusieurs paramètres cliniques, notamment une diminution de la sécrétion de mucus, la toux, les expectorations forcées, le nombre de jours de physiothérapie thoracique nécessaires après l’intervention chirurgicale et les épisodes de trachéobronchite ou de pneumonie, en plus d’améliorer la satisfaction des patients.
  • Nous n’avons pas relevé de données probantes comparant le rapport cout/efficacité du port d’une prothèse phonatoire à l’absence de prothèse, des prothèses à port prolongé par rapport aux prothèses à changement autonome, ou des différentes prothèses à changement autonome chez l’adulte ayant subi une laryngectomie. Selon le point de vue des États-Unis, les ECH seraient rentables comparativement aux autres filtres respiratoires. Il se peut que ces résultats ne s’appliquent pas au Canada en raison des différences entre les systèmes de soins de santé.
  • Pour maitriser les fuites, un ensemble de lignes directrices fondées sur des données probantes mis au point en Espagne recommande le remplacement de la prothèse par une prothèse à double collet, comme Provox XtraSeal, l’ajustement du diamètre et de la longueur, ou l’ajout d’un feuillet de silicone du côté trachéal de la prothèse. Notre examen n’a pas permis de relever de lignes directrices fondées sur des données probantes au sujet du recours aux ECH chez l’adulte ayant subi une laryngectomie totale.

Qu’est-ce que ça signifie?

  • Le milieu clinique et les patientes et patients que nous avons consultés considèrent les prothèses phonatoires et les ECH comme des dispositifs essentiels. La base de données probantes concernant leurs avantages et leur rapport cout-efficacité est limitée. Le point de vue des orthophonistes qui travaillent avec les personnes ayant une expérience vécue de ces dispositifs peut compléter la prise de décision en contextualisant les données probantes actuellement disponibles. Les points de vue des patients et patientes ayant une expérience vécue de ces dispositifs ainsi que ceux de leurs orthophonistes peuvent contribuer à la prise de décision en contextualisant les preuves actuellement disponibles.
  • Les décisions initiales sur le choix de prothèse phonatoire doivent tenir compte de la forme et de la taille de la ponction trachéoœsophagienne, des valeurs et préférences des personnes traitées, de l’accessibilité, de l’abordabilité et d’autres facteurs comme les facultés physiques et mentales, le soutien de personnes aidantes et la motivation individuelle.
  • Bien que les données probantes soient limitées, les patients et patientes et les médecins en pratique clinique indiquent que l’ajout d’un ECH pourrait procurer divers bénéfices cliniques, comme la réduction des mucosités, la prévention des infections et la satisfaction des personnes traitées.
  • À l’avenir, il faudra d’autres revues systématiques, planifiées et réalisées conformément à des normes méthodologiques reconnues, et présentées de manière transparente. Étant donné que la certitude des données probantes issues de revues systématiques de haute qualité repose, en partie, sur le risque de biais des études retenues, les futures études originales devraient viser à s’appuyer sur des registres de patients et patientes établis.