Examens d’une technologie de la santé
La préparation des systèmes de santé en vue de la mise en œuvre de traitements modificateurs de la maladie d’Alzheimer
Publication : December 4, 2024
Messages clés
Quelle est la situation?
- La maladie d’Alzheimer est une affection neurologique chronique dégénérative et l’une des causes les plus courantes de démence. Au Canada, on estime que 368 200 personnes en étaient atteintes en 2020.
- Le trouble cognitif léger (TCL) est un état clinique comportant une perte de mémoire qui peut évoluer vers la démence et qui est souvent causé par une maladie d’Alzheimer sous-jacente. On estime qu’il touchait environ 917 000 personnes de 60 ans et plus au Canada en 2020.
- Des traitements modificateurs de la maladie (TMM) ciblant les processus pathologiques sous-jacents de la maladie d’Alzheimer sont en cours de développement. Ces nouveaux traitements visent à ralentir la progression de la maladie, contrairement aux options actuelles, dont le but est plutôt de soulager les symptômes. L’une des principales cibles de ces traitements est la bêta-amyloïde, une protéine dont on sait qu’elle contribue à la formation de plaques amyloïdes. De nombreux TMM ciblant cette protéine sont destinés aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce, ce qui inclut le TCL et la démence légère attribuables à la maladie d’Alzheimer.
- Au moins sept pays ont autorisé la commercialisation d’un traitement appartenant à cette classe thérapeutique et, au moment de la rédaction de ce rapport, deux traitements font l’objet d’un examen règlementaire par Santé Canada et d’un examen en vue du remboursement par l’Agence des médicaments du Canada (CDA-AMC).
- Comparativement aux traitements classiques, les TMM exigent des visites plus fréquentes chez le médecin et un recours accru à l’imagerie médicale visant à assurer un suivi et veiller à ce que le tout s’effectue en toute sécurité. La mise en œuvre des TMM aurait une incidence considérable sur les cheminements cliniques pour la maladie d’Alzheimer à un stade précoce, d’où la nécessité d’évaluer l’état de préparation des systèmes de santé au Canada.
Qu’a fait CDA-AMC?
- CDA-AMC a cherché à évaluer l’état de préparation des systèmes de santé au Canada et les cheminements cliniques des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce, en vue de l’éventuelle mise en œuvre de TMM ciblant la bêta-amyloïde.
- CDA-AMC s’est penchée sur les données et la documentation accessibles au public concernant les systèmes de santé et les cheminements cliniques relatifs à la maladie d’Alzheimer et aux soins aux personnes atteintes de démence dans l’optique de préparer les systèmes de santé au Canada à l’éventuelle mise en œuvre de TMM.
Qu’est-ce que CDA-AMC a trouvé?
- CDA-AMC conclut que, si les TMM sont autorisés par Santé Canada et mis en œuvre par les régimes d’assurance médicaments provinciaux et territoriaux, il faudra instaurer un nouveau modèle de soins pour la maladie d’Alzheimer au Canada. Le nouveau cheminement clinique devrait présenter les caractéristiques et éléments suivants :
- un dépistage et un diagnostic plus précoces, aux stades du TCL ou de la démence légère;
- des conseils sur l’utilisation optimale de l’imagerie diagnostique et des tests de détection de biomarqueurs, ainsi qu’un accès équitable aux appareils de tomographie par émission de positons (TEP) couplée à la tomodensitométrie (TDM) pour les examens TEP amyloïde et les analyses du liquide céphalorachidien (LCR) servant à évaluer l’admissibilité au traitement;
- une augmentation de la capacité d’administration de perfusions intraveineuses;
- des conseils sur l’utilisation optimale de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) visant à éviter la surutilisation et à favoriser un accès équitable à cette technologie afin de suivre les personnes tout au long de leur traitement;
- une combinaison de méthodes et d’outils fiables et validés pour évaluer le déclin cognitif chez diverses populations présentant des symptômes cognitifs ou suivant un traitement, y compris chez les peuples autochtones et les groupes racisés;
- des critères clairs d’arrêt du traitement.
- CDA-AMC constate que l’évaluation et le diagnostic de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce et l’accès aux TMM pourraient être retardés par :
- un manque d’information et de connaissance des symptômes de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce chez la population et chez les prestataires de soins, ainsi que des barrières culturelles, notamment la crainte de la stigmatisation ou les perceptions culturelles de la maladie;3
- des pénuries de prestataires de soins capables d’évaluer et de traiter la démence et d’autre personnel de soutien, y compris les prestataires de soins primaires, les spécialistes de la démence, le personnel infirmier, le personnel d’imagerie et les prestataires de services sociaux;
- la capacité limitée des services d’imagerie médicale (p. ex. PET-TDM et IRM) et de laboratoire (p. ex. analyse du LCR) pour confirmer le diagnostic de maladie d’Alzheimer à un stade précoce et l’admissibilité au traitement, et pour surveiller la réponse aux médicaments et l’évolution de la maladie.
- Diverses nouvelles technologies sont en cours de développement, notamment des méthodes d’analyse des biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer, qui pourraient atténuer certains problèmes de capacité dans la détection de la démence, l’évaluation de l’admissibilité au traitement, l’administration du traitement et le suivi des patients.
- D’autres TMM ciblant des processus pathologiques différents de la maladie d’Alzheimer sont également en cours de développement.
Qu’est-ce que ça signifie?
- Il pourrait être difficile d’assurer un accès équitable et rapide aux TMM visant la maladie d’Alzheimer, compte tenu de la répartition géographique de la population (en particulier dans les régions rurales et éloignées), de barrières culturelles et du manque de connaissance de la maladie au sein de la population au Canada.
- Les personnes atteintes de démence légère attribuable à une maladie d’Alzheimer à un stade précoce ou à un TCL qui sont admissibles au traitement n’ont pas toutes accès en temps utile au dépistage et au diagnostic, ce qui pourrait les empêcher de recevoir des TMM.
- En outre, un nombre accru de personnes – dont certaines ne seront peut-être pas admissibles aux TMM – pourraient être incitées à se faire dépister, ce qui entrainerait une augmentation de la demande et d’éventuels retards dans le processus de dépistage.
- Les décideurs des systèmes de santé devraient envisager des adaptations à l’échelle du système pour améliorer le dépistage et la prise en charge des personnes chez qui l’on soupçonne une maladie d’Alzheimer à un stade précoce, compte tenu de l’augmentation attendue de la prévalence de la maladie, qui devrait passer le cap des 1,1 million de personnes d’ici 2050. Voici quelques exemples d’adaptations :
- l’augmentation du personnel en santé et services sociaux;
- l’offre d’une formation améliorée sur l’évaluation et le diagnostic efficaces de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce;
- l’amélioration de l’accès à l’imagerie diagnostique pour le dépistage et le suivi des patients utilisant des TMM ciblant la bêta-amyloïde.